Participation communautaire 

 
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Ceux qui recommandent une plus grande participation des communautés comme moyen d’améliorer la qualité des projets et des services publics sont nombreux. Pourtant les évaluations aléatoires mettent en évidence des résultats mitigés sur l’efficacité d’une telle approche.

S’il est évident que, pour de tels programmes, les détails et le contexte ont une grande importance, il n’en demeure pas moins que des thèmes communs se développent, permettant d’identifier ce qui "marche" ou non.

Les programmes dans lesquels on donne à la communauté un plus grand contrôle direct sur ceux qui fournissent le service ont tendance à mieux fonctionner que les autres [Ref ETP]. Ainsi, la communauté s’implique plus efficacement dès lors que l’on donne aux gens des tâches spécifiques et une formation :

Au Kenya, la formation des Conseils d’École s’est traduite par une amélioration de la façon dont ces Conseils gèrent les enseignants qui doivent leur rendre compte de leur activité. 1

En Inde, un programme de formation de bénévoles locaux afin que ceux-ci jouent un rôle actif dans l’apprentissage des élèves a été couronné de succès alors même qu’un autre programme d’encouragement général à participer s’est soldé par un échec. 4

En Ouganda, un programme qui lui aussi couronné de succès, visait à mettre au point des plans d’action spécifiques à destination des communautés et des professionnels de santé afin d’améliorer la qualité des services rendus. 2

Un seul programme dans lequel on a comparé, via des audits, la participation d’une communauté au contrôle centralisé a révélé que les contrôles centralisés étaient plus efficaces pour réduire la corruption [ref : Indonésie]. 3

L’un des éléments qui ressort de toutes les études est qu’au début de l’évaluation, la participation des communautés était faible, alors même que dans tous les cas, les mécanismes permettant cette participation existaient en théorie.

Dans de nombreux pays, la piètre qualité des services publics (illustrée par le très fort absentéisme dans les organismes en charge d’apporter ces services) et le manque de réactivité perçu des administrations par rapport à de nombreux problèmes ont conduit de très nombreuses personnes à placer leur confiance dans le contrôle communautaire. Après tout, ce sont les pauvres qui souffrent lorsque les services sont de mauvaise qualité. Cet argument est exposé en détails dans le Rapport de Développement Mondial de 2004, rapport dans lequel on peut lire que « lorsque les services financés par de l’argent public sont accaparés par quelques uns … la meilleure chose à faire est d’accroître autant que possible les pouvoirs des clients ».La participation communautaire présente un intérêt certain car elle offre des solutions à nombre des problèmes qui vont généralement de pair avec les services et projets administrés au niveau central. Les communautés disposent sans doute au niveau local d’informations plus pertinentes sur les biens et services dont elles ont besoin, et sont dans une meilleure position pour identifier et régler les problèmes d’inefficacités et de corruption. Les citoyens qui sont en situation de bénéficier réellement des services sont les plus motivés pour s’assurer de leur bonne mise en œuvre et c’est au niveau local qu’ils peuvent le mieux exercer un contrôle et agir lorsque les services en question sont de mauvaise qualité – ou lorsqu’ils identifient des problèmes de corruption. Et lorsque les services sont gérés – ou lorsque les projets sont mis en œuvre – par des employés et des responsables locaux, leurs pairs ont sans doute de meilleures chances de s’assurer de leur honnêteté grâce à des sanctions de type social.Néanmoins, la question reste posée de savoir si la participation communautaire est la réponse à apporter au problème de médiocre qualité des infrastructures et des services. Il est possible que les membres d’une communauté n’aient pas les pouvoirs suffisants pour imprimer un changement. Les enseignants et les professionnels de santé, et les personnes qui organisent les projets d’infrastructures, font souvent partie des personnes les mieux payées et les mieux formées de la communauté, et il peut donc être difficile pour les pauvres de se plaindre de leurs agissements. Même lorsque la communauté compte des membres encore plus puissants et en position d’agir, ces personnes se passent le plus souvent des services de l’état – et envoient leurs enfants dans des écoles privées par exemple. De plus, les communautés sont le plus souvent confrontées au classique problème de coordination ; contrôler la qualité des services, se plaindre et réclamer un changement en cas de défaillance sont autant de tâches qui demandent beaucoup de travail. S’il est vrai que la communauté bénéficie de telles actions, les bénéfices au niveau individuel sont relativement peu élevés en regard des efforts qu’ils impliquent et des risques de subir la vengeance des personnes sensées rendre les services en question. Il existe plusieurs moyens permettant d’intégrer la participation locale aux initiatives de développement. Les communautés peuvent garder la main et décider du type de projets à mettre en place, et de où ces programmes doivent être mis en œuvre (Développement Tiré par la Communauté). D’aucuns arguent que c’est en allouant les fonds au niveau local, ou en permettant aux citoyens de sélectionner eux-mêmes les programmes et les services qui ont le plus de valeur pour eux que l’on peut s’assurer que les ressources seront consacrées à satisfaire les besoins prioritaires. D’autres avancent également le fait qu’à partir du moment où elles sont impliquées dans la conception d’un projet, les communautés locales aident à minimiser la corruption et s’impliquent de manière plus active pour faire vivre le projet. Nous ne disposons aujourd’hui que de peu d’élément permettant d’étayer ces thèses bien que plusieurs études soient en cours, en vue de tester des hypothèses.Une deuxième forme de participation communautaire réside dans le mode de mise en œuvre des programmes et des projets d’infrastructures : par exemple, lorsqu’on recrute des entrepreneurs locaux pour construire une route, ou lorsque l’on recrute des enseignants locaux en appui des enseignants fonctionnaires. L’argument est le suivant : les fournisseurs locaux sont plus à même de comprendre les besoins locaux, ils sont plus sujets aux sanctions locales en cas de performances médiocres et sont par conséquent plus soucieux du niveau de qualité des services et des infrastructures.Une troisième forme de participation communautaire peut prendre la forme d’un contrôle des projets et des services administrés au niveau central. En rendant les entrepreneurs et les fournisseurs de services responsables vis-à-vis des personnes auxquelles ils sont sensés apporter ce service, on suppose que le contrôle sera plus rigoureux, en particulier si un service est également mis en œuvre par la communauté. Cependant, à moins que la communauté ait une véritable autorité et soit suffisamment incitée à le faire, il est difficile de savoir si le contrôle communautaire est en lui-même en mesure d’améliorer la fourniture de services de développement. Cette dernière forme de participation communautaire est au centre de cette partie dans la mesure où elle a fait l’objet d’un grand nombre d’évaluations d’impact rigoureuses. Toutes les formes de participation communautaires portent en elles le risque d’accaparement par les élites. Les élites locales peuvent utiliser leur influence afin de s’assurer que les projets locaux servent leurs intérêts, alors que les objectifs des gouvernements centraux peuvent avoir plus le souci des plus pauvres. Les fournisseurs locaux d’infrastructures et de services peuvent être issus du cercle des élites et ne pas être soumis à la sanction sociale imposée par les pauvres. Nous présentons différentes solutions alternatives permettant de donner plus de voix aux minorités et aux femmes eût égard à la fourniture de services locaux.

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Effets de participation communautaire

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Évaluations Coût-efficacité Articles académiques
(voir en haut)
Interventions de supervision locale
1 Des enseignants contractuels, au Kenya

Des enseignants contractuels embauchés et supervisés par le conseil de parents d'élèves ont de meilleurs résultats que les enseignants titulaires.

Duflo, Dupas & Kremer, 2011Duflo et al., 2012 Académique green
3 Construction de routes en Indonésie

Des audits externes ont été plus efficaces que la supervision communautaire pour lutter contre la corruption dans la construction des routes.

Policy Briefcase No. 5Olken 2009Olken, 2007 Politiques publiques green
4 Conseils de parents d'élèves dans les villages, en Inde

Donner aux conseils de parents des outils leur permettant d'évaluer les résultats des élèves et de superviser les enseignants n'a pas d'effet.

(pas d'impact significatif) Banerjee et al., 2009 Académique green
Supervision communautaire
2 Supervision communautaire, en Ouganda

Les communautés et les personnels de santé ont créé un plan d'action spécifique pour améliorer le service,  la mise en œuvre de ce plan étant supervisée par un comité local.

Bjorkman & Svensson, 2009 Académique green

Cela fait longtemps que les gouvernements ont prévu des mécanismes de contrôle local mais il n’existe que peu d’éléments permettant d’évaluer l’efficacité de ces programmes. Banerjee et al. (200 ?) ont découvert que 92 % des villageois de l’État d’Uttar Pradesh en Inde, n’étaient même pas au courant de l’existence des Comités Villageois d’Éducation (CVE) censés contrôler le travail des enseignants et des administrateurs des écoles. 4

Le fait de travailler avec la communauté sur les outils de contrôle qui révélaient à quel point les enfants apprenaient peu de choses en classe, et le fait d’informer les villageois de leurs droits et des outils à leur disposition pour induire des changements ne s’est traduit ni par une recrudescence d’activité de la part de la communauté, ni par un plus grand effort de la part des enseignants, ni par une amélioration des résultats scolaires.

A l’opposé, Bjorkman & Svensson (2009) ont découvert qu’en informant les citoyens ougandais de l’état pitoyable des services de santé locaux et en organisant des réunions entre les citoyens et les professionnels de santé afin qu’ils se mettent d’accord sur des “plans d’action”, il était possible de réduire le niveau d’absentéisme des soignants, d’augmenter l’utilisation des services de santé et par conséquent, d’améliorer la santé des citoyens. 2

La différence frappante entre ces deux projets somme toute similaires tient sans doute au fait qu’en Ouganda, les gens se sont mis d’accord sur des plans d’action alors qu’en Inde, la communauté a été encouragée à développer elle-même une approche en vue de résoudre le problème. En revanche, lorsque dans le programme indien, une formation a été donnée à un petit sous-groupe de communautés sur la manière d’organiser des sessions de tutorat pour les élèves du village, de nombreuses personnes se sont portées volontaires et les résultats aux tests de lecture ont augmenté dans les communautés en question . Non seulement avait-on donné aux personnes concernées dans la communauté quelque chose de précis à faire, mais de surcroît, la solution (à savoir des sessions de soutien à la lecture) ne dépendait pas de la volonté de coopérer des enseignants de l’état.

Au Kenya, la supervision communautaire est allée encore plus loin : les communautés locales se sont vues attribuer un budget pour recruter des enseignants supplémentaires dans le cadre de contrats à court terme. 1 Dans une certaine mesure, ces enseignants supplémentaires étaient similaires aux para-enseignants dont les CVE indiens sont en principe responsables. La différence est que dans le programme mis en place au Kenya, c’étaient bien les Conseils d’École et l’ONG à l’origine du programme qui géraient le budget et les contrats des enseignants. Les performances de ces enseignants supplémentaires se sont révélées bien supérieures à celles des enseignants réguliers : moins d’absentéisme et meilleurs résultats aux examens. La formation des Conseils d’École a permis d’améliorer les résultats.

Une seule étude analyse l'impact d'une plus grande participation de la communauté au renforcement de la supervision et du contrôle de l’administration centrale. En Indonésie, afin d’étudier l’éventualité d’une confiscation par les élites et de corruption dans le cadre de projets de construction de routes locales, certaines communautés ont été informées que leur projet ferait l’objet d’un audit externe. 3 Dans d’autres villages, c’est le contrôle communautaire qui a été accru.  La menace d’un audit de la part des services centraux a été plus efficace à réduire la corruption que le contrôle communautaire – mais cette solution a été également plus onéreuse à mettre en place. Cependant, une fois encore les détails ont leur importance : lorsque le contrôle communautaire était organisé par l’intermédiaire des écoles, il était plus efficace que lorsqu’il était organisé par l’intermédiaire des chefs de village.

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