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Accompagnement des demandeurs d'emploi – OPP/CVE, France

Localisation: France
Sample: 220 000 demandeurs d'emploi, répartis dans environ 300 agences publiques de l'emploi
Timeline:
2007
Target Group: 
Job seekers
Outcome of Interest: 
Employment
Intervention Type: 
Job counseling
AEA RCT Registration Number: 
Question de politique 

Le chômage frictionnel survient quand emplois et travailleurs sont hétérogènes entraînant une inadéquation entre les caractéristiques de l’employé qui ne coïncident pas avec celles de l’emploi. Dans ce cas, les deux parties peuvent investir pour rechercher un meilleur appariement. En conduisant à une meilleure allocation des ressources, cette démarche est bénéfique pour l’économie. Le chômage entraîne une insatisfaction grave, surtout lorsque ce sont les jeunes qui sont touchés. Les autorités publiques ont donc cherché les moyens de réduire tant le chômage frictionnel que celui des jeunes.

Cadre de l'évaluation 

Le chômage chronique et de longue durée est un problème particulièrement important en France, d'où l’intérêt pour des politiques publiques réduisant les frictions sur le marché du travail et augmentant l’emploi. À l’époque de cette étude, le chômage était en baisse, mais la population active comportait encore 8,4 % de demandeurs d'emploi, dont 30% depuis plus d'un an. C'est dans ces conditions que l’Agence Nationale Française pour l’Emploi (ANPE) et l'UNEDIC, institution distribuant les allocations chômage, ont renforcé leur offre de conseils et de suivi aux demandeurs d’emploi les plus susceptibles d'être au chômage sur une longue période.

Photo: Aude Guerrucci | J-PAL/IPA

Détails de l'intervention 



Tous les demandeurs d’emploi impliqués dans l’expérience étaient d'abord enregistrées à l’ANPE avant d'être répartis en trois groupes : Nouveaux chômeurs éligibles – personnes venant juste de s'inscrire au chômage et étant éligibles à percevoir les allocations chômage ; Stock de chômeurs – ceux qui étaient déjà au chômage au début de l’expérimentation  et Nouveaux chômeurs inéligibles – personnes venant juste de s'inscrire, mais étant inéligibles à bénéficier des allocations chômage.

Deux programmes ont été conçus pour soutenir les demandeurs d’emploi risquant d’être au chômage sur une longue durée : Cap Vers l’Entreprise (CVE), directement mis en œuvre par l’ANPE et Opérateurs Privés de Placement (OPP), services fournis par des entreprise privées mandatées par l’UNEDIC. Chaque programme offrait une méthode similaire d’assistance comportant des rencontres hebdomadaires personnalisées, avec un conseiller travaillant avec un nombre limité de demandeurs d’emploi. Le programme durait au maximum six mois et visait à aider les chômeurs dans leur recherche d’un emploi stable. Il incluait un suivi intensif, avec au moins une prise de contact (email, téléphone) par semaine et une réunion mensuelle en face-à-face entre le demandeur d’emploi et son conseiller personnel. Dans le soutien habituel, la prise de contact a habituellement lieu tous les mois, ainsi ce nouveau programme nécessitait une augmentation significative des personnels dédiés au suivi du demandeur d’emploi. D'autant que ce soutien incluait également un monitoring des individus après l’obtention de leur nouvel emploi.

Le programme OPP était destiné aux nouveaux chômeurs inéligibles aux allocations. Ceux-ci étaient aléatoirement assignés à l'un des trois groupes suivants : CVE, OPP, ou la voie ANPE normale (groupe de contrôle), correspondant à un soutien beaucoup plus léger. Les demandeurs d’emploi du « stock de chômeurs » et les « nouveaux chômeurs éligibles » non destinataires du programme OPP, étaient donc aléatoirement assigné uniquement au programme CVE ou à la voie ANPE normale.

Des données sur le statut des demandeurs d'emploi ont été collectées au bout de 3, 6 et 9 mois, à partir des archives administratives et de sondages téléphoniques sur un sous-échantillon de demandeurs d’emplois.

Dans cette étude, les chercheurs étaient intéressés non seulement par l’estimation de la durée moyenne du chômage, mais souhaitaient également savoir si l’assistance affecte le niveau du chômage de longue durée grâce à un meilleur appariement entre individus et emplois.

Résultats 

Dans les zones où les deux programmes existaient conjointement et où les chercheurs étaient capables de comparer précisément les effets des programmes OPP et CVE, ils ont pu constater que le programme public CVE a augmenté le taux d’obtention d’un emploi pour les chômeurs de 8,2% au bout de 3 mois, de 9.2% au bout de 6 mois et de 22,6% au bout de 9 mois.

Pour le programme OPP, géré par des entreprises privées, les chercheurs n’ont pas trouvé d’effets statistiques significatifs sur le retour à l'emploi.


Conclusions politiques 

En conclusion, ces résultats montrent que le programme CVE a eu un impact important : au bout de six mois, les demandeurs d'emploi avaient augmenté de 20 à 30 % leurs chances de trouver un emploi. Alors que, lorsqu'ils sont conseillés par une compagnie privée, les chômeurs ont tendance à rester plus longtemps inscrits à l'ANPE, et quasiment aucun d’entre eux ne retourne à la vie active.

Les chercheurs ont également noté que les effets d’agrégat du programme CVE étaient plus modérés pour les groupes « stock de chômeurs » et « nouveaux chômeurs inéligibles ». Pour les candidats inéligibles, les chercheurs estiment que ce programme public a eu un impact positif sur le retour à l’emploi de 4,7% à 6 mois et 6,2% à 9 mois. Pour le « stock de chômeurs », les impacts à 3 et 6 mois sont respectivement de 4,1% et de 6,1%, mais au bout de 9 mois, l’impact tombe à 1,9%.

Behaghel, Luc, Bruno Crépon, and Marc Gurgand. 2014. "Private and Public Provision of Counseling to Job Seekers: Evidence from a Large Controlled Experiment." American Economic Journal: Applied Economics, 6(4): 142-174

1 The results on this page report the impact of the public or private intensive counseling program on jobseekers who actually participated in them. These percentage point changes are the impact of either the public or private intensive program on a given outcome relative to the comparison group, weighted by the proportion of jobseekers who actually participated in that program. Economists call this a “local average treatment effect.”