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Des bons de réduction pour accéder à une école privée, en Colombie

Localisation: Colombie
Sample: 1 600 candidats au programme des bons pour l'école
Timeline:
1998 to 2004
Target Group: 
Secondary schools
Students
Urban population
Outcome of Interest: 
Earnings and income
Enrollment and attendance
Student learning
Intervention Type: 
School choice
Partenaires:
Question de politique 

Dans de nombreux pays, le revenu par habitant peut être un indicateur important de la qualité de l’enseignement public. Ceci peut avoir des conséquences significatives dans les pays en développement, où le niveau de revenu est plutôt faible, et donc, les ressources éducatives limitées. Les écoles privées ayant tendance à fonctionner mieux que les écoles publiques dans les pays à faible revenu, les Etats ont été incités à expérimenter des programmes donnant aux pauvres un accès aux écoles privées, souvent par le biais de bon de réduction. On sait peu de choses sur les effets de ces incitations.

Cadre de l'évaluation 

En Colombie, de nombreuses personnes ont un faible niveau d’études. Pourtant l'école publique est très répandue et 78 % des enfants pauvres en âge d’être scolarisés y sont inscrits. Mais, en 1993, seuls 55 % de ces élèves poursuivaient ensuite dans le secondaire.

Le gouvernement a mis en place le Programme d’élargissement de l’accès au cycle secondaire (PACES), un des plus vastes programmes de bons de réduction à ce jour, offrant à plus de 125 000 élèves, issus des quartiers pauvres urbains, des bons couvrant plus de la moitié du coût de la scolarité secondaire dans une école privée.

Les bons PACES s’élevaient seulement à 190 $ lors de l’enquête, ce qui correspondait au départ à la moyenne des frais de scolarité des écoles privées à faible ou moyen coût, dans les plus grandes villes de Colombie. Mais le montant de ces bons n’ayant pas suivi l’inflation, en 1998, les bénéficiaires payaient pour l’école privée environ 340 $, contre seulement 58 $ pour l’école publique. Les écoles privées participantes avaient tendance à prendre en charge des élèves ayant de plus faible revenu et à avoir des frais de scolarités plus bas que les écoles privées non participantes. Les écoles avec une formation professionnelle étaient également surreprésentées dans le programme. Les ratios élèves/professeurs et les équipements étaient similaires dans les écoles publiques et privées participantes, et de nombreux enseignants des écoles privées PACES étaient des enseignants retraités de l’école publique.

The sample was stratified so that roughly half were lottery winners and half were lottery losers, meaning that half of the students surveyed had been given the opportunity to attend a private high school. Photo: Mirek Nowaczyk | Shutterstock.com

Détails de l'intervention 

Etant donné que la demande de bons PACES excédait l’offre, l’éligibilité a été déterminée par une loterie, créant une expérimentation naturelle pour étudier l’impact du choix de l’école sur les résultats, scolaires ou autres. Les données de l’enquête ont été recueillies en 1998 auprès de 1 600 candidats issus de trois cohortes pour la plupart de Bogota, trois ans après qu’ils aient commencé le cycle secondaire. Le tirage au sort a été organisé de manière à ce qu'une moitié des candidats gagnent à la loterie et que l'autre moitié perde. Ceci implique que la moitié des étudiants enquêtés ont eu la possibilité d’aller dans une école privée secondaire. Les enquêtes ont été menées par téléphone, le groupe des gagnants et celui des perdants avaient le même accès au téléphone, tout comme ils étaient statistiquement similaires en terme d’âge et de sexe. Les enquêtes ont portées sur la scolarité antérieure, le taux d’abandon, le temps passé à l’école, les autres investissements financiers en matière d'éducation et sur le choix du public ou du privé pour l’école secondaire.

Résultats et conclusions politiques 

Impact sur l’éducation : les résultats préliminaires n’ont pas montré de différences significatives sur le taux d'inscription à l’école entre les gagnants et les perdants de la loterie trois ans après la mise en pratique du programme. Cependant les gagnants de la loterie fréquentaient plus souvent une école privée (+ 15 points de pourcentage), ont eu en moyenne 0,1 année de scolarité en plus, et étaient plus nombreux à avoir achevé la classe de 4ème (+ 10 points de pourcentage), essentiellement parce qu'ils redoublaient moins. Les résultats ont également montré que les gagnants de la loterie travaillaient 1,2 heures de moins par semaine que les perdants.

Impact sur les effets économiques : l’analyse des effets économiques de la scolarité supplémentaire effectuée par les gagnants après trois années de participation au programme tend à montrer que l’augmentation des revenus est largement supérieure aux frais de scolarité engagés par les familles et le gouvernement. Le salaire annuel des parents de notre échantillon était d’environ 2 400 $ par travailleur, ayant une scolarité moyenne de 5,9 années. Puisqu’en moyenne les participants PACES avaient déjà achevé 7,5 années d'école et y étaient encore au moment de l’enquête, on peut supposer que leurs salaires seront de 3 000 $, même pour ceux n'ayant pas choisi l’école privée.  Si  le fait d'avoir des meilleurs résultats scolaires a la même incidence que le niveau d’études, les gagnants de la loterie peuvent s’attendre à gagner entre 36 et 300 $ de plus par an, pour un salaire estimé à 3 300 $. Décomptés tout au long de la vie professionnelle des participants, ces gains de salaires l’emportent facilement sur les sommes engagées pour le gouvernement et par les familles, coût estimé à environ 195 $ par gagnant à la loterie.

Effets à long terme : Plus tard, en 2005, les chercheurs ont étudié les registres administratifs  des inscriptions et des résultats à l’examen d’entrée des universités publiques. Les gagnants de la loterie ont plus souvent réussi cet examen, un bon présage pour la suite, puisque 90 % des étudiants obtiennent leur diplôme d'enseignement supérieur. Dans l’échantillon des bénéficiaires des bons de réduction, environ 20 % des étudiants ont réussi l’examen de fin d'études secondaires et les bons ont augmenté le taux d’inscription aux examens d’environ 7 points de pourcentage. Alors que les résultats aux examens montrent que les bons de réduction ont plus d’effets positifs que simplement réduire le redoublement, aucune conclusion définitive n’a pu être tirée sur les effets à long terme de l’école privée sur les résultats aux examens.

Angrist, Joshua, Eric Bettinger, Erik Bloom, Elizabeth King, Michael Kremer, and Juan Saavedra.  2002. “Vouchers for Private Schooling in Colombia: Evidence from a Randomized Natural Experiment.” American Economic Review 92(5): 1535–58. 

Angrist, Joshua, Eric Bettinger, and Michael Kremer. 2006. "Long-Term Educational Consequences of Secondary School Vouchers: Evidence from Administrative Records in Colombia." The American Economic Review 96(3): 847-62.

Bettinger, Eric, Michael Kremer, and Juan Saavedra. 2010. "Are Educational Vouchers Only Redistributive?" The Economic Journal 120 (August): F204-28.

1 PROBE Team. Public report on basic education in India. Oxford: Oxford University Press, 1999.   Glewwe, Paul, Michael Kremer, and Sylvie Moulin. “Textbooks and Test Scores: Evidence from a Prospective Evaluation in Kenya.” Mimeo, Harvard University, September 2000.