Assiduité des élèves

Photo: Francisca de Iruarrizaga | J-PAL/IPA

Ces dix dernières années, faire en sorte que tous les enfants soient inscrits en primaire et qu’ils assistent régulièrement aux cours, a été un objectif politique important des pays en développement. Des évaluations aléatoires ont pu établir l’efficacité de différentes stratégies mises en œuvre pour augmenter l’assiduité des élèves. Les parents sont très sensibles au coût de l’école et des subventions, même faibles, peuvent améliorer l’assiduité. Mais les approches les plus « rentables » en terme de rapport coût/efficacité, parmi celles examinées ici, sont celles qui permettent aux familles d’avoir des informations sur le retour sur investissement de la scolarisation (meilleur salaire lorsque l’enfant a terminé le cycle scolaire) ou qui prennent en compte des problèmes de santé, tels que les vers intestinaux ou l’anémie chronique. Pour le moment, il y a peu d’éléments montrant que les familles modifient leur attitude en matière de scolarisation lorsque la qualité de l’enseignement est améliorée, par exemple lorsque les professeurs sont moins souvent absents ou qu’il y a des cours de soutien. Mais ceci n’a été étudié que sur le court terme. Lorsqu’on interprète le rapport coût/efficacité, il est important de garder à l’esprit que certains programmes, particulièrement ceux de transferts conditionnels, visent d’autres objectifs que la seule inscription à l’école. De plus, les programmes des pays plus riches ont tendance à être plus chers, notamment parce que le taux de scolarisation est plus élevé au départ.

Une façon classique d’améliorer à la fois les inscriptions et l’assiduité à l’école consiste à réduire les coûts de scolarité, soit en les éliminant, soit en prenant en charge certaines dépenses incontournables comme les uniformes des élèves. Au Kenya, où le taux initial de présence était d’environ 86%, distribuer les uniformes gratuitement a augmenté l’assiduité quotidienne de 6,4 points de pourcentage, améliorant la durée de scolarisation des élèves de 0,71 année pour 100$ dépensés [tag:blue,3].  Un programme mis en  œuvre dans les écoles primaires, offrant des bourses permettant de couvrir les frais de scolarité des jeunes filles travaillant bien, a généré une durée de scolarisation de 0,27 année supplémentaire pour 100$ dépensés [tag:blue,4].

Dans les régions où les taux d’inscription et d’assiduité à l’école sont déjà élevés, souvent parce les écoles sont déjà gratuites, donner de l’argent à tous les élèves qui vont régulièrement à l’école ne sera pas forcément aussi rentable. Au Mexique, le programme PROGRESA proposait une série d’allocations aux familles pauvres, conditionnées à l’assiduité des élèves à l’école, provoquant une hausse significative des inscriptions [tag:blue,11]. Mais parce que tous les enfants pauvres étaient aidés et que le taux d’assiduité était déjà de presque 90%, le programme est très cher si on regarde le nombre d’années de scolarisation supplémentaires obtenues. De plus, comme le programme visait également à distribuer des subsides aux familles pauvres et que le niveau des prix au Mexique est bien plus élevé qu’au Kenya, par exemple, le coût de ces allocations est assez important. Toutefois, il est important de noter que ce programme a obtenu des résultats en dehors de l’assiduité scolaire, tels que l’amélioration du niveau nutritionnel et une redistribution financière en faveur des familles pauvres.

D’autres programmes cherchent à communiquer sur les bénéfices de la scolarisation, notamment sur le niveau des salaires de ceux qui terminent leurs études, bénéfices dont les familles ne sont pas toujours conscientes. En République Dominicaine, on a expliqué aux garçons combien ils pourraient gagner en plus s’ils faisaient des études secondaires : ils ont amélioré leur assiduité de 5 points de pourcentage [tag:blue,10]. Ce programme a coûté cher parce qu’il s’agissait de rencontres individuelles avec les garçons afin de cibler seulement certains d’entre eux dans chaque école, pour des raisons liées à la recherche entreprise. Cependant un programme similaire à Madagascar a eu lui aussi des résultats significatifs, en dépit d’une mise en œuvre bien plus simple et donc bien moins chère [tag:blue,1] : tous les parents des écoles primaires avaient été invités à participer à une réunion d’information, au cours de laquelle on leur a donné des statistiques sur les revenus mensuels moyens de personnes ayant des niveaux d’études différents. Les seules dépenses ont été l’organisation d’une réunion et le temps passé par les parents, le rapport coût/bénéfices est donc extrêmement élevé : une augmentation de 20,7 années de scolarité pour 100$ dépensés a été atteinte.

L’absentéisme scolaire peut également être réduit en ciblant les facteurs qui empêchent l’enfant d’aller à l’école, comme les problèmes de santé. Traiter les enfants contre les parasites intestinaux qui les fatiguent énormément et les rendent anémiques, ce qui les empêche d’aller à l’école, a abouti, dans le cadre d’une expérimentation faite au Kenya, à une augmentation de 13,9 années de scolarisation par tranche de 100$ dépensés [tag:blue,2]. Des programmes récents de déparasitage à grande échelle coûtent moins de 50 cents par enfant et par an,  ce qui est moins cher que le programme kenyan, ce qui laisse à penser que le rapport coût/efficacité est encore plus élevé. Dans le cadre d’un autre programme de lutte contre l’anémie, organisé en Inde, des comprimés de fer ont été distribués à des enfants préscolaires, induisant 2,7 années de scolarisation de plus par 100$ dépensés [tag:blue,5]. Mais il n’est pas toujours facile de savoir quels sont les problèmes de santé qui empêchent les enfants d’aller à l’école : au Népal, les filles ont indiqué ne manquer l’école qu’une demie journée par mois à cause de leurs règles, et la distribution de coupes menstruelles pour lever cette supposée barrière n’a eu aucun effet pour diminuer leur absence [tag:blue,9].

Il est important de noter que la présence à l’école n’est que la première étape,  la qualité de l’enseignement, - ce qui comprend la présence de professeurs compétents et l’utilisation d’un curriculum approprié- est cruciale pour améliorer les résultats scolaires. On constate que les élèves ne semblent pas modifier leur comportement scolaire en réponse à des changements de la qualité de l’école, en tout cas sur le court terme. Par exemple, des programmes instituant un système de contrôle des absences des instituteurs par le biais d’appareil photo [tag:blue,6], ou fournissant un enseignement assisté par ordinateur [tag:blue,7], ont amélioré les résultats scolaires, mais n’ont pas modifié l’assiduité des élèves. Ces objectifs distincts, augmenter le temps passé à l’école et améliorer la qualité de l’enseignement, semblent exiger des approches différentes.

Pourquoi nos chiffres ont-ils changé ?

Si vous connaissiez les précédents travaux de J-PAL sur le rapport coût/efficacité en matière d’assiduité scolaire, vous avez sans doute constaté que nos chiffres ont été un peu modifiés. Cela est dû en partie, au fait que les prix ont été mis à jour pour tenir compte de l’inflation. De plus, J-PAL a travaillé pour standardiser sa méthodologie, de petits ajustements ont ainsi été nécessaires.