Participation communautaire

Community monitoring in Indonesia was more effective when organized through schools than when organized through village leaders. (Komar | Shutterstock.com)

Ceux qui recommandent une plus grande participation des communautés comme moyen d’améliorer la qualité des projets et des services publics sont nombreux. Pourtant les évaluations aléatoires mettent en évidence des résultats mitigés sur l’efficacité d’une telle approche. S’il est évident que, pour de tels programmes, les détails et le contexte ont une grande importance, il n’en demeure pas moins que des thèmes communs se développent, permettant d’identifier ce qui "marche" ou non. Les programmes dans lesquels on donne à la communauté un plus grand contrôle direct sur ceux qui fournissent le service ont tendance à mieux fonctionner que les autres [Ref ETP]. Ainsi, la communauté s’implique plus efficacement dès lors que l’on donne aux gens des tâches spécifiques et une formation : Au Kenya, la formation des Conseils d’École s’est traduite par une amélioration de la façon dont ces Conseils gèrent les enseignants qui doivent leur rendre compte de leur activité. [tag:green,1] En Inde, un programme de formation de bénévoles locaux afin que ceux-ci jouent un rôle actif dans l’apprentissage des élèves a été couronné de succès alors même qu’un autre programme d’encouragement général à participer s’est soldé par un échec. [tag:green,4] En Ouganda, un programme qui lui aussi couronné de succès, visait à mettre au point des plans d’action spécifiques à destination des communautés et des professionnels de santé afin d’améliorer la qualité des services rendus. [tag:green,2] Un seul programme dans lequel on a comparé, via des audits, la participation d’une communauté au contrôle centralisé a révélé que les contrôles centralisés étaient plus efficaces pour réduire la corruption [ref : Indonésie]. [tag:green,3] L’un des éléments qui ressort de toutes les études est qu’au début de l’évaluation, la participation des communautés était faible, alors même que dans tous les cas, les mécanismes permettant cette participation existaient en théorie.

Cela fait longtemps que les gouvernements ont prévu des mécanismes de contrôle local mais il n’existe que peu d’éléments permettant d’évaluer l’efficacité de ces programmes. Banerjee et al. (200 ?) ont découvert que 92 % des villageois de l’État d’Uttar Pradesh en Inde, n’étaient même pas au courant de l’existence des Comités Villageois d’Éducation (CVE) censés contrôler le travail des enseignants et des administrateurs des écoles. [tag:green,4]

Le fait de travailler avec la communauté sur les outils de contrôle qui révélaient à quel point les enfants apprenaient peu de choses en classe, et le fait d’informer les villageois de leurs droits et des outils à leur disposition pour induire des changements ne s’est traduit ni par une recrudescence d’activité de la part de la communauté, ni par un plus grand effort de la part des enseignants, ni par une amélioration des résultats scolaires.

A l’opposé, Bjorkman & Svensson (2009) ont découvert qu’en informant les citoyens ougandais de l’état pitoyable des services de santé locaux et en organisant des réunions entre les citoyens et les professionnels de santé afin qu’ils se mettent d’accord sur des “plans d’action”, il était possible de réduire le niveau d’absentéisme des soignants, d’augmenter l’utilisation des services de santé et par conséquent, d’améliorer la santé des citoyens. [tag:green,2]

La différence frappante entre ces deux projets somme toute similaires tient sans doute au fait qu’en Ouganda, les gens se sont mis d’accord sur des plans d’action alors qu’en Inde, la communauté a été encouragée à développer elle-même une approche en vue de résoudre le problème. En revanche, lorsque dans le programme indien, une formation a été donnée à un petit sous-groupe de communautés sur la manière d’organiser des sessions de tutorat pour les élèves du village, de nombreuses personnes se sont portées volontaires et les résultats aux tests de lecture ont augmenté dans les communautés en question . Non seulement avait-on donné aux personnes concernées dans la communauté quelque chose de précis à faire, mais de surcroît, la solution (à savoir des sessions de soutien à la lecture) ne dépendait pas de la volonté de coopérer des enseignants de l’état.

Au Kenya, la supervision communautaire est allée encore plus loin : les communautés locales se sont vues attribuer un budget pour recruter des enseignants supplémentaires dans le cadre de contrats à court terme. [tag:green,1] Dans une certaine mesure, ces enseignants supplémentaires étaient similaires aux para-enseignants dont les CVE indiens sont en principe responsables. La différence est que dans le programme mis en place au Kenya, c’étaient bien les Conseils d’École et l’ONG à l’origine du programme qui géraient le budget et les contrats des enseignants. Les performances de ces enseignants supplémentaires se sont révélées bien supérieures à celles des enseignants réguliers : moins d’absentéisme et meilleurs résultats aux examens. La formation des Conseils d’École a permis d’améliorer les résultats.

Une seule étude analyse l'impact d'une plus grande participation de la communauté au renforcement de la supervision et du contrôle de l’administration centrale. En Indonésie, afin d’étudier l’éventualité d’une confiscation par les élites et de corruption dans le cadre de projets de construction de routes locales, certaines communautés ont été informées que leur projet ferait l’objet d’un audit externe. [tag:green,3] Dans d’autres villages, c’est le contrôle communautaire qui a été accru.  La menace d’un audit de la part des services centraux a été plus efficace à réduire la corruption que le contrôle communautaire – mais cette solution a été également plus onéreuse à mettre en place. Cependant, une fois encore les détails ont leur importance : lorsque le contrôle communautaire était organisé par l’intermédiaire des écoles, il était plus efficace que lorsqu’il était organisé par l’intermédiaire des chefs de village.