Tarification des produits de santé

Pourquoi payer?

Health care provider distributing free insecticide-treated bednet to mother who just delivered baby at clinic, Kenya.

Faire payer les utilisateurs, même une somme très modique, a pour effet de limiter l’accès à la médecine préventive. Pourtant, on considère généralement que, pour de nombreuses raisons, il faut faire payer un prix modique, notamment car cela permettrait une meilleure répartition des produits et une réduction du gaspillage. Or, plusieurs expérimentations menées dans différents pays n’ont pas vraiment permis de valider une telle position. Ainsi, en dépit du fait que les ressources disponibles pour les programmes de santé soient limitées, les gouvernements devraient donner la priorité à la fourniture gratuite des produits ayant des retombées positives et dont le rapport coût efficacité est élevé.

Faire payer les utilisateurs, même une somme très modique, a pour effet de limiter l’accès aux soins:

  • Au Kenya, lorsqu’un programme de distribution de comprimés de déparasitage a été modifié, pour passer d'une distribution gratuite à une vente à un  prix moyen de 30 cents, les taux d’adoption ont chuté de 75 à 19%. [tag:red,1]
  • Des baisses du même ordre ont été constatées dès lors que les pastilles de purification de l’eau ou que les moustiquaires sont devenues payantes. Cette chute très importante des niveaux d’adoption s’est produite même lorsque le prix à payer par l’utilisateur ne représentait qu’une infime fraction du coût réel du produit.

Pour de nombreuses raisons, parmi lesquelles la diminution du gaspillage et une meilleure répartition des produits vers ceux qui en ont vraiment besoin ou qui vont vraiment les utiliser, beaucoup recommandent de faire payer aux populations défavorisées une participation même modique, pour obtenir des produits et soins sanitaires. Plusieurs expériences ont été menées avec différents produits et dans plusieurs pays : elles n’ont mis à jour que très peu d’éléments en faveur de cette position.

A chaque fois que nous avons testé une telle approche, le fait de devoir payer quelque chose n’a ni inciter les gens à utiliser le produit, ni permis une meilleure répartition vers les plus nécessiteux. Ainsi:

  • Le fait d’augmenter le prix des pastilles de chlore servant à purifier l’eau a eu pour effet d’éliminer plus personnes qui n’auraient pas utilisé le produit que de personnes qui auraient utilisé le produit. [tag:red,3] Nous n’avons retrouvé cet effet dans aucune autre étude.
  • Le fait de donner aux gens plus de temps pour trouver l'argent nécessaire pour acheter le produit, a conduit à une chute moins importante de l'adoption du produit que le fait d'augmenter le prix. [tag:red,6]

Dans la plupart des cas, cette participation financière n’a ni amélioré, ni empiré la distribution du produit. En revanche, elle a réduit la fraction de personnes ayant besoin du produit et le recevant.

  • Au Kenya, les personnes ayant payées pour un traitement vermifuge n'étaient pas au départ plus malades que celles ayant bénéficié gratuitement du traitement. AU contraire, de nombreux enfants sévèrement infectés n’ont pas été soignés à partir du moment où le traitement est devenu payant, ceci entraînant une baisse de la demande. [tag:red,1] 
  • Au Kenya, les femmes enceintes qui décidaient d’acheter une moustiquaire n’étaient pas plus anémiées que celles qui acceptaient une moustiquaire gratuite, et de nombreuses femmes enceintes anémiées n’ont pas acheté de moustiquaire lorsque celles-ci sont devenues payantes, ceci ayant entrainé une forte chute de son usage. [tag:red,2]
  • Les familles avec des enfants en bas âge, particulièrement vulnérables aux effets des diarrhées, n’étaient pas plus susceptibles d’acheter des pastilles de chlore pour purifier leur eau que les autres foyers, et de nombreux enfants ont continué à boire de l’eau non purifiée en raison de l'obstacle constitué par le prix à payer. [tag:red,5]
  • Cependant, dans une étude réalisée au Kenya, le fait de faire payer un prix a entraîné une modification du type de familles achetant les moustiquaires, et de qui dans la famille, utilisait la moustiquaire. En moyenne, cela a eu un impact négatif car la probabilité pour les enfants de moins de 5 ans de dormir sous une moustiquaire  a été réduite (pour un niveau constant de détention de moustiquaires) – en dépit du fait que ce sont eux qui sont les plus susceptibles de mourir du paludisme.

Les produits et services qui ont des retombées positives devraient être choisis en priorité par un État qui se demande quelle intervention organiser gratuitement. En effet, de nombreux produits apportent des bénéfices qui dépassent ceux ressentis par chaque utilisateur pris individuellement, ce dernier ne ressentant pas forcément l'effet positif, est réticent à payer pour un tel produit. Par exemple:

  • Lorsqu’un enfant est traité contre les vers intestinaux, il est moins susceptible d’infecter les autres autour de lui ;
  • Si suffisamment de personnes dorment sous des moustiquaires, cela contribue au contrôle de la malaria dans l'ensemble de la communauté.

Dans des situations semblables, il existe une logique très importante en faveur du subventionnement ou de la distribution gratuite de ces produits. En traitant les écoliers contre les vers intestinaux, en distribuant des moustiquaires ou en vaccinant les enfants, il est possible de briser le cycle de transmission des maladies et les effets positifs vont donc bien au-delà de l’enfant soigné.

Par ailleurs, de nombreuses études montrent que les gens ont tendance à sous investir dans les produits de santé préventive, alors qu'ils sont très efficaces d’un point de vue économique : il serait donc très utile de les fournir gratuitement.