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Chlore: distribution à la source et livraison à domicile, Kenya

Localisation: Rural Western Kenya
Sample: 1977 ménages et 88 sources
Timeline:
2004 to 2008
Target Group: 
Rural population
Outcome of Interest: 
Diarrhea
Intervention Type: 
Incentives
Social networks
Preventive health
Water, sanitation, and hygeine
Partenaires:
Question de politique 

Entre 1990 et 2000, les maladies diarrhéiques ont causé 2,6 millions de décès chaque année. Elles sont un facteur majeur de morbidité et de mortalité dans les pays en développement.  Les enfants de moins de 5 ans connaissent en moyenne 3,2 épisodes de diarrhée par an,1 et les maladies diarrhéiques sont responsables de 20% de la mortalité dans cette tranche d’âge.2  Même lorsque ces épisodes de diarrhée ne sont pas fatals, ils peuvent avoir des répercussions à long-terme sur le développement physiologique et cognitif de l’enfant.  Les maladies diarrhéiques sont souvent provoquées par une contamination de l’eau par des matières fécales et peuvent devenir endémiques dans les lieux où l’alimentation en eau est irrégulière.  Différentes pratiques, telles que se laver les mains ou protéger les sources d’eau, ont prouvé leur efficacité pour faire baisser l’occurrence des épisodes de diarrhée, mais elles tardent encore à se répandre dans certaines régions du monde en développement. 

Cadre de l'évaluation 

Même si dans leur vaste majorité, les habitants des zones rurales du Kenya occidental sont conscients des dangers de la consommation d’une eau insalubre, la désinfection ou les pratiques permettant d’assurer la propreté de l’eau y sont peu répandues. Bien que les 3/4 des ménages aient entendu parler de la possibilité de traiter l’eau au point d’utilisation, 70% reconnaissent connaître des cas de diarrhées liés à la consommation d’eau insalubre, et seuls 5% des ménages déclarent que leur principale source d’eau potable est traitée au chlore.  La méthode de désinfection de l’eau au chlore la plus commune reste l’achat individuel de pastilles de chlore permettant de traiter l’eau du foyer.  La désinfection au niveau de la collectivité a été envisagée comme stratégie pour populariser l’utilisation du chlore. Beaucoup moins onéreux que les solutions individuelles, les distributeurs de chlore peuvent être mis à disposition sur le lieu même où les gens viennent chercher leur eau. Dans le cas présent, il est possible d’exercer une pression sociale en rendant publics les choix sanitaires de chaque ménage.

Young girl chlorinating her water at a point-of-use public dispenser, Kenya, 2015

Young girl chlorinating her water at a point-of-use public dispenser, Kenya, 2015. Photo: Thomas Chupein | J-PAL

Détails de l'intervention 

Les chercheurs de J-PAL ont examiné l’impact de divers facteurs, y compris les paramètres liés au prix, à la persuasion, à la promotion et aux produits chlorés eux-mêmes, dans le cadre d’une étude en deux temps.  Avant l’étude, des enquêtes préliminaires ont permis d'interroger un échantillon aléatoire de ménages.

Dans un premier temps, les ménages ont reçu sept bidons de WaterGuard, un produit de traitement individuel de l’eau, chacun de ces bidons pouvant assurer la désinfection d’une quantité d’eau représentant un mois de consommation. Ils ont également reçu des conteneurs d’eau potable améliorée, équipés d’un robinet pour éviter la contamination, le tout accompagné d’instructions détaillées sur leur utilisation.  Un tiers de ce groupe a reçu douze bons de réduction de 50% sur l’achat des bidons de WaterGuard, chacun d’une validité d’un mois sur l’année à venir, avec des calendriers aide-mémoire.  Un autre tiers a été exposé à des messages oraux de persuasion en plus des instructions de base accompagnant les bidons de WaterGuard, et enfin un autre tiers n’a reçu ni bons ni messages supplémentaires.  Pour évaluer l’effet social des pairs, des bidons gratuits de WaterGuard ont été distribuée dans chaque communauté, en quantités très différentes, ce qui a permis aux chercheurs de déterminer si une utilisation plus répandue au niveau de la communauté était susceptible d’en promouvoir l’adoption individuelle par un plus grand nombre de ménages.  Une enquête de suivi a été réalisée de 2 à 7 mois après la distribution gratuite de WaterGuard.

Dans la seconde phase, les chercheurs ont comparé six différentes méthodes destinées à augmenter l’adoption du produit WaterGuard.  Pour les trois premiers groupes, des messages promotionnels préétablis ont été diffusés (1) au niveau au ménage, (2) au niveau de la communauté, ou (3) les deux.  Les deux groupes suivants ont reçu une visite à domicile par un membre de la communauté élu pour promouvoir l'utilisation du chlore.  Même si le "promoteur" était prêt à travailler de manière bénévole, il recevait soit une rémunération forfaitaire (4), soit une rémunération au résultat (5) sur la base du nombre de ménages qui disposeraient d’eau chlorée lors des visites de suivi.  La dernière méthode (6) conjuguait le modèle de promotion subventionnée et l’accès gratuit et illimité à un distributeur de chlore WaterGuard au point d’utilisation à côté de la source d’eau la plus proche.  Des enquêtes de suivi ont été réalisées 3 semaines, puis 3 à 6 mois après le lancement de l’étude.

Résultats et conclusions politiques 

Impact de la distribution gratuite au foyer : La plupart des ménages sont peu préparés à payer pour du chlore, même si ses vertus sont largement reconnues.  Après leur avoir distribué une dose gratuite de 7 mois, on a pu détecter la présence de chlore dans 58% des ménages, soit beaucoup plus que les 2% constatés au départ. Pourtant, seuls 10% des bons distribués ont été échangés. Là où les bidons de WaterGuard avaient été distribués gratuitement, les messages de persuasion complémentaires restaient sans effet sur le niveau d’adoption. Sur le marché du détail, ils n’ont eu qu’un impact à court terme. Aucun effet d’influence par les pairs n'a été décelé pour ceux qui habitaient dans une collectivité où l’usage du chlore était plus répandu, et aucune indication non plus que le prix serait un facteur efficace de sélection pour cibler les ménages plus susceptibles de bénéficier d’une eau propre.

Impact de la persuasion
: Le fait d’embaucher des membres de la communauté locale, pour en faire les promoteurs du chlore a manifestement eu un effet très sensible sur l’augmentation de son utilisation.  La présence de chlore a été détectée dans 40% des ménages visités par un promoteur, contre seulement 4% chez ceux n’ayant pas reçu sa visite.  Le fait de rémunérer ces promoteurs n’a eu que des effets marginaux. Pour les collectivités qui étaient équipées d’un distributeur de chlore au point d’utilisation et pour celles qui avaient désigné des promoteurs, on a constaté une augmentation du nombre des ménages bénéficiant d’eau chlorée : les niveaux sont passés de 2 % avant l’étude à 61 %. Ces résultats indiquent que la mise à disposition d’un système de distribution de chlore au point de distribution représente un moyen très économique d’en promouvoir l’adoption.

Déploiement à plus grande échelle
: Les investissements dans les campagnes marketing et les distributions de bons de réduction se sont avérés une stratégie peu probante pour encourager la désinfection de l’eau au point d’utilisation.  La distribution gratuite de chlore près des sources d’approvisionnement en eau et le recours à des promoteurs issus de la communauté se sont révélés être les stratégies les plus efficaces pour améliorer la propreté de l’eau dans l’espoir de juguler l’incidence des maladies diarrhéiques dans les zones rurales du Kenya.

1 Disease Control- Priorities Project, “Public Health Significance of Diarrheal Illnesses,” http://www.dcp2.org/pubs/DCP/19/Section/2531.
2 Parashar, Umesh, et al. “Global Illness and Deaths Caused by Rotavirus Disease in Children,” Emerging Infectious Diseases. Vol. 9. May, 2003.

Kremer, Michael, Edward Miguel, Sendhil Mullainathan, Clair Null, and Alix Peterson Zwane. "Social Engineering: Evidence from a Suite of Take-up Experiments in Kenya." Working Paper, April 2011. 

1 Disease Control- Priorities Project, “Public Health Significance of Diarrheal Illnesses,” http://www.dcp2.org/pubs/DCP/19/Section/2531.

2 Parashar, Umesh, et al. “Global Illness and Deaths Caused by Rotavirus Disease in Children,” Emerging Infectious Diseases. Vol. 9. May, 2003.