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Repas à l'école, réussite et finances scolaires, au Kenya

Localisation: Kenya
Timeline:
2000 to 2002
Target Group: 
Children under five
Primary schools
Rural population
Outcome of Interest: 
Enrollment and attendance
Food security and nutrition
Student learning
Partenaires:
Question de politique 

Le taux important d’absentéisme scolaire constitue un handicap sévère pour la croissance économique des pays en développement. En 2000, on estimait que 88 millions d’enfants n’étaient pas à l’école, la plupart vivant en  Asie du Sud et en Afrique, générant une main d’œuvre mal préparée à une économie en constante évolution. Une des mesures prises par de nombreux gouvernements pour encourager la présence à l’école consiste à offrir des repas scolaires gratuits. Ces programmes sont fondés sur l’idée qu’une meilleure alimentation mènera à une meilleure réussite scolaire et que subventionner les repas attirera un nombre important d’enfants à l’école. Mais en dépit de la popularité et du faible coût de cette mesure, il n'existe aucune preuve de son efficacité.

Cadre de l'évaluation 

Le gouvernement kenyan soutient l’enseignement préscolaire, en développant un cursus pour la maternelle et en formant des enseignants. Mais les contraintes budgétaires l'empêchent de mettre en oeuvre d’autres moyens. Ce sont les parents qui payent les frais de scolarité couvrant le salaire de l'instituteur, le matériel scolaire et les autres dépenses. Ainsi, les écoles rurales ont-elles habituellement peu de ressources, les revenus des parents étaient souvent très faibles. La moitié environ des enseignants en maternelle ne savent ni lire ni écrire et moins de la moitié a suivi une formation officielle. De plus, ils sont absents de l’école un tiers du temps. A cette description peu encourageante, s’ajoute le fait que les enfants peuvent manquer l’école en raison de la faim et de la malnutrition. 39% des enfants des districts de Busia et de Teso ont un retard de croissance. Il en résulte que seuls environ 30% des enfants kenyans de 4 à 6 ans vont à l’école maternelle, et les inscrits sont absents plus de la moitié du temps.

Photo: Juliya Shangarey | Shutterstock.com

Détails de l'intervention 

Les chercheurs ont évalué un programme de repas scolaires, mis en place par l’ONG hollandaise International Child Support (ICS) dans les districts de Busia et de Teso au Kenya occidental. Ils souhaitaient mesurer les effets des repas scolaires dans les écoles maternelles. ICS a financé un petit-déjeuner dans 25 des 50 écoles maternelles, composé d’un bol de porridge fait avec de la farine enrichie en protéine, du sucre, de l’huile de maïs et de l’eau. Si le porridge est un plat courant pour les enfants et les adultes au Kenya, le porridge servi par ICS était plus sucré et nutritif que ceux servis habituellement.

ICS fournissait les ingrédients et payaient les cuisiniers, tandis que les parents devaient s’occuper d’apporter le bois de cuisson et un bol par enfant. Concrètement, cela signifie qu’en raison de ce programme, les parents ont payé environ 60% de plus par jour d’école maternelle pour leur enfant dans les écoles tests.

Pendant les deux années du programme, les chercheurs ont collecté des données, comparant entre autres, assiduité scolaire, résultats aux tests cognitifs et scolaires, au début et à la fin du programme, ainsi que les données des 25 écoles n'ayant pas bénéficié des petits-déjeuners.

Résultats et conclusions politiques 

Impact sur la présence à l'école : les enfants qui, avant le programme, n’allaient pas à l’école, avaient plus de chance d'y aller (+ 4,6 points de pourcentage) s’ils faisaient partie du groupe test que ceux appartenant au groupe témoin. L’assiduité était 30% supérieure dans le groupe test, à la fois chez les enfants déjà inscrits et ceux inscrits en raison de la mise en place du programme.

Impact sur les résultats scolaires : l’augmentation du taux de participation dans les écoles tests a entrainé une surcharge des classes, augmentant considérablement le ratio professeur/élèves. Dans ces écoles, au début de programme, on comptait 34 élèves par enseignant, contre 27 dans les écoles témoins. Le programme a amélioré les résultats purement scolaires, et non les connaissances générales, suggérant que ces effets sont dus à l’augmentation de la présence et non à l’alimentation. Ceci est confirmé par le fait que si le programme a augmenté le poids moyen des garçons, il n’a eu sur leur taille, et aucun effet sur les filles (ni en poids, ni en taille).
De plus, ces améliorations des résultats scolaires n'ont été observées que dans les écoles où les instituteurs étaient plus expérimentés avant le début du programme. Cela implique que le contexte dans lequel les repas scolaires ont été mis en place est essentiel – un programme qui augmente la présence scolaire dans un contexte de faible qualité d’enseignement ne se traduit probablement par des meilleurs résultats éducatifs.

Impact sur les finances scolaires : après le début du programme, plus de la moitié des écoles témoins ont commencé à mettre en place leur propre programme de repas scolaires avec le soutien financier des parents. Quelques enfants sont passés des écoles témoins aux écoles tests, augmentant le prix des écoles tests et diminuant celui des écoles témoins. Ainsi les repas subventionnés ont fini par coûter la même somme que les repas fournis par les parents dans les écoles témoins. Si les repas scolaires étaient offerts partout, certains s’attendraient à ce que les prix soient approximativement égaux dans toutes les écoles, parce qu’il n’y aurait pas de transferts dus à la disponibilité de repas scolaires.

Vermeersch, Christel, and Michael Kremer. "School Meals, Educational Achievement and School Competition: Evidence from a Randomized Evaluation." World Bank Policy Research Working Paper Series No. 2523, 2005.