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CARES, un plan épargne pour arrêter de fumer, Philippines

Localisation: Mindanao Island, Philippines
Sample: 2.000 fumeurs âgés de 18 ans et plus
Timeline:
2006 to 2008
Outcome of Interest: 
Alcohol, tobacco, and drug use
Intervention Type: 
Commitment devices
Information
Savings
AEA RCT Registration Number: 
Partenaires:
Question de politique 

En dépit de leurs effets nocifs sur la santé, nombreux sont ceux qui, dans el monde entier, continuent de s’adonner à de mauvaise habitudes telles que : mauvaise alimentation, consommation de tabac, incapacité à économiser de l’argent. Les spécialistes pensent que ceci est dû au fait que les préférences des gens se modifient selon les moments : à long terme, une personne peut avoir le désir réel d’arrêter de fumer par exemple, mais au moment présent, sa préférence pour une cigarette peut devenir plus importante que leur désir d’arrêter de fumer.
Un tel comportement, que l’on appelle “incohérence temporelle", aide à expliquer pourquoi les gens font des choix qui sont néfastes pour leur santé ou leur sécurité financière. Selon les théories de certains spécialistes, il est possible de décourager les habitudes ayant des effets négatifs à long terme en donnant aux gens  des moyens de s'engager: des contrats qui contraignent leurs comportements futurs et qui peuvent entraîner des pénalités financières si le sujet revient à ses mauvaises habitudes.

Cadre de l'évaluation 

Malgré ses effets extrêmement néfastes sur la santé, la consommation de tabac est une chose extrêmement courante aux Philippines. Fumer représente également une dépense considérable et chaque fumeur dépense en moyenne 100 pesos par semaine (soit 2 $) pour acheter ses cigarettes, c'est-à-dire près de 15 % de ses revenus. Bien qu’il s’agisse là d’un comportement courant, 72 % des personnes interrogées dans le cadre de l’enquête ont déclaré qu’elles souhaitaient arrêter de fumer à un moment dans leur vie, et près de 46 % ont indiqué qu’elles avaient essayé de le faire au cours de l’année passée. Ces réponses suggèrent que leurs échecs peuvent être dus à une incohérence temporelle : bien que les personnes enquêtées déclarent à 72 % souhaiter arrêter de fumer à un moment ou à un autre, seulement 17 % ont déclaré qu’elles souhaitaient arrêter de fumer immédiatement.

In 2009, 28.3 percent of Filipinos aged 15 years or older were current smokers, and 22.5 percent smoked on a daily basis. Photo: junpinzon | Shutterstock.com

Détails de l'intervention 

Le programme “Committed Action to Reduce and End Smoking" (CARES)1 est un programme d’épargne et d’engagement volontaire. Ce produit permet aux fumeurs de faire un dépôt d’argent dont ils déterminent le montant, cet argent étant perdu s’ils ne parviennent à passer un test biochimique prouvant qu’ils ont bien arrêté de fumer. Pour recruter des gens pour ce programme, la Green Bank a repéré des fumeurs réguliers dans la rue et leur a demandé s’ils souhaitaient participer à une courte enquête sur la consommation de tabac. Toutes les personnes ont reçu un dépliant d’information sur les dangers du tabac, ainsi qu’un document comprenant des astuces pour arrêter de fumer. Après avoir répondu à cette enquête initiale, les personnes ont été réparties aléatoirement dans trois groupes auxquels était proposé l’un des programmes suivants :

  1. Versement d’un dépôt d’argent auprès de CARES : Les personnes devaient effectuer un dépôt de 50 pesos minimum (soit environ 1 $) pour ouvrir un compte chez CARES ; ensuite, les conseillers recommandaient aux personnes de verser chaque semaine le montant qu’elles auraient normalement dépensé pour leurs cigarettes. Un sous-ensemble aléatoirement sélectionné dans ce groupe a également bénéficié de visites hebdomadaires de la part des collecteurs de dépôt, ce qui leur évitait de devoir se déplacer à la banque toutes les semaines. Les retraits étaient interdits, et le compte ne produisait pas d'intérêt, ce dispositif visant à décourager les non fumeurs d’utiliser ces comptes comme des comptes d’épargne normaux.
  2. Cartes à message : On a proposé aux personnes de choisir parmi 4 cartes format carte de crédit, chacune de ces cartes illustrant les effets négatifs du tabac sur la santé : bébés prématurés, dentition abîmée, poumons noircis ou enfant relié à un respirateur. Il leur était conseillé de conserver ces cartes dans un endroit où elles pourraient les voir à tout moment.
    ces personnes n’ont reçu aucune information complémentaire.
  3. Groupe témoin : ces personnes n’ont reçu aucune information complémentaire.

Six mois après l'enquête initiale, tous les participants ont subi une analyse d'urine permettant de vérifier s’ils avaient ou non arrêté de fumer. Les personnes participant au programme CARES récupéraient la totalité de leurs dépôts si le test était positif (démontrant qu’ils avaient bien arrêté de fumer) ; en revanche, elles ne récupéraient rien si le test était négatif ou si elles refusaient de le passer. Les personnes qui n’étaient pas clientes de CARES (appartenant soit au groupe Cartes à message, soit au groupe témoin) recevaient 30 pesos (soit 0,60$) lorsqu’ils subissaient le test au bout de 6 mois, et tous les participants étaient rémunérés 30 pesos s’ils acceptaient de passer un second test au bout de 12 mois.

Résultats et conclusions politiques 

Au total, environ 11 % des personnes auxquelles le programme CARES a été proposé ont signé le contrat. Les personnes qui déclaraient vouloir arrêter de fumer, qui étaient optimistes sur leur capacité à arrêter de fumer et qui avaient déjà adopté des comportements stratégiques afin de gérer leur envie de fumer (par exemple en évitant les situations qui leur donnaient envie de fumer) étaient les plus susceptibles de signer un contrat. En revanche, les personnes qui déclaraient avoir l’intention d’arrêter de fumer dans plus d’un an, et pour lesquelles tous les signes indiquaient qu’elles étaient très dépendantes au tabac, étaient les moins susceptibles de signer le contrat. 90% des clients de CARES ont ouvert un compte avec le montant minimal de 50 pesos, et 80 % ont effectué des versements complémentaires. En moyenne, les clients effectuaient des dépôts toutes les deux semaines et le montant des sommes versées s’élevait aux alentours de 533 pesos, soit l’équivalent d’environ 6 mois de consommation de tabac.

Au bout de 6 mois, les personnes à qui l’on avait proposé le contrat CARES étaient de 3 à 6 % plus susceptibles d’obtenir un résultat positif au test urinaire que les personnes du groupe témoin ; il s’agit là d’un effet considérable si l’on tient compte du fait que seulement 8 à 12 % des personnes dans le groupe témoin ont eu un test positif. Les effets sur ceux qui ont souscrit ce plan d'épargne sont encore plus importants : au bout de 6 mois, les clients de CARES sont de 30 à 65 % plus susceptibles d’obtenir des résultats positifs au test de dépistage que leurs homologues du groupe témoin: les clients CARES augmentent donc leurs probabilité de réussite au test. La durée de l’abstinence a également été augmentée.

Ces résultats sont bien supérieurs aux niveaux de réduction de la consommation de tabac obtenus avec le programme des cartes à message. Cependant, on ne distingue pas encore dans quelles proportions les effets de CARES sont dus à l’engagement financier pris par les clients, et dans quelles proportions ces effets sont dus aux contacts fréquents que certains des clients avaient avec le collecteur des dépôts.

Giné, Xavier, Dean Karlan, and Jonathan Zinman. 2010. "Put Your Money Where Your Butt Is: A Commitment Contract for Smoking Cessation." American Economic Journal: Applied Economics 2: 213-35.