Aider les populations vivant dans l’extrême pauvreté à utiliser le microcrédit, Murshidabad, en Inde

Researchers:
Jeremy Shapiro
Raghabendra Chattopadhyay
Location:
Murshidabad, West Bengal, India
Sample:
1 000 familles vivant dans l’extrême pauvreté à Murshidabad, en Inde, n’ayant pas accès au microcrédit et ne bénéficiant d’aucune assistance gouvernementale significative
Chronologie:
2007 - 2011
Target group:
Rural population
Outcome of interest:
Employment Asset ownership Health outcomes Mental health
Intervention type:
Graduation approach
AEA RCT registration number:
AEARCTR-0000382

Partners:

Policy issue

La question de savoir si la micro-finance peut et doit viser les plus pauvres fait l’objet d’innombrables discussions. Les familles vivant dans l’extrême pauvreté ne bénéficient souvent d’aucun revenu régulier ce qui les empêche d’avoir accès aux services financiers en l’absence des garanties indispensables permettant de souscrire un emprunt officiel.  Il est nécessaire aux plus pauvres de surmonter deux obstacles particulièrement délicats afin qu'une solution de micro-finance soit viable. En effet, ils ont tendance à recourir au crédit pour répondre à des besoins immédiats plutôt que pour acheter des outils de production et sont potentiellement plus vulnérables en cas d’aléas (par exemple une maladie). Tout ceci les expose plus facilement au risque de défaut de remboursement. Ainsi, pour permettre à ces populations vivant dans l’extrême pauvreté d’avoir accès aux services offerts par la micro-finance, on pourrait adopter une stratégie consistant à leur fournir des actifs générateurs de revenus plutôt que des solutions de microcrédit.  Mais à ce jour, peu d’études rigoureuses existent sur ce sujet.

Context of the evaluation

Selon les estimations, plus de 30 % des 82 millions d’habitants de la région du Bengale Occidental vivent en dessous du seuil de pauvreté, et 18 % des citoyens ruraux les plus aisés sont en fait détenteurs de cartes “BPL” (Below Poverty Line) attestant que leurs revenus les placent sous le seuil de pauvreté. Le District de Murshidabad est l’un des districts les plus pauvres de cette région et est classé 15ème sur 17 en termes d’Indice de Développement Humain. Plus de 70 % de la population du Bengale Occidental vit dans les zones rurales. Si 46 % des ménages sélectionnés dans le district de Murshidabad avaient obtenu des prêts, seuls 8 % les avaient contractés auprès d’une structure officielle.

Fondée en 2002, Bandhan, une institution de micro-finance basée à Kolkata, a pour objectif de répondre aux défis de la pauvreté socio-économique en permettant un meilleur accès au crédit officiel.  Grâce à une croissance rapide au cours des 7 dernières années, cet organisme s’est constitué une clientèle de plus de 1,2 millions d’emprunteurs dans 12 États de l’Inde. Bandhan propose toute une palette de produits financiers, y compris des prêts pour la création de micro-entreprises et pour l’agriculture. 

Three women in saris look at paperwork with Bandhan staff
Three women review bank deposits with Bandhan staff
Ruchika Singh

Details of the intervention

Cette évaluation permettra de déterminer si des actifs de production et générateurs de revenus s’avèrent bénéfiques pour les populations vivant dans l’extrême pauvreté et de mesurer quels sont les types d'actifs qui à l’usage s’avèrent les plus efficaces.  Elle évaluera une nouvelle initiative menée par l’organisation Bandhan, un programme de sensibilisation visant à proposer la mise à disposition d'outils de production plutôt que de liquidités. L’objectif est de préparer ces personnes les plus pauvres à devenir des clients de la micro-finance.  La première étape consistait à déterminer quels étaient les ménages qui entraient réellement dans cette catégorie. Les chercheurs se sont appuyés sur les PRA (ou MARP en français = Méthode Accélérée de Recherche Participative) pour établir une cartographie sociale et un classement par niveau de richesse dans chacun des villages ciblés.

Après une seconde analyse des ménages participants, ces derniers ont été répartis en un groupe test et un groupe témoin.  Les membres du groupe test, choisis de façon aléatoire, ont chacun reçu une aide de 100 $ pour l’achat de l'outil de production de leur choix, agricole ou non. Dans l’ensemble, l’achat de bétail, vaches et chèvres notamment, a été privilégié par les ménages.  Il leur a aussi été proposé l’accès à un fonds pour les dépenses de santé, susceptible de réduire leur vulnérabilité.

Ensuite, pendant 18 mois, Bandhan rencontrera toutes les semaines les ménages sélectionnés, pour faire le point avec eux et, le cas échéant, leur proposer une formation commerciale de base. A l’issue de cette formation, tous les ménages seront interrogés, ce qui permettra de déterminer l’impact du programme et de sélectionner les ménages éligibles pour contracter un micro-crédit auprès de Bandhan.  Un an après l’ouverture des microcrédits, une nouvelle enquête sera réalisée pour évaluer les effets à long terme de ce programme et le ressenti des tout nouveaux bénéficiaires de ces services.  Parmi les résultats mesurés, les chercheurs seront attentifs aux revenus des ménages, aux biens dont ils sont propriétaires, à l’assiduité de leurs enfants à l’école, à la santé et à la sécurité alimentaire des familles.

Results and policy lessons

Banerjee, Abhijit, Esther Duflo, Nathanael Goldberg, Dean Karlan, Robert Osei, William Parienté, Jeremy Shapiro, Bram Thuysbaert, and Christopher Udry. 2015. “A Multi-faceted Program Causes Lasting Progress for the Very Poor: Evidence from Six Countries.” Science 348(6236), doi: 10.1126/science. 1260799.

Abhijit, Banerje, Esther Duflo, Raghabendra Chattopadhyay, and Jeremy Shapiro. "The Long term Impacts of a “Graduation” Program: Evidence from West Bengal" Working Paper, September 2016.