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Des bourses au mérite pour les filles, Kenya

Localisation: Busia and Teso districts, Kenya
Sample: 127 écoles primaires
Timeline:
2001 to 2003
Target Group: 
Children
Parents
Primary schools
Rural population
Students
Women and girls
Outcome of Interest: 
Dropout and graduation
Provider attendance
Provider performance
Student learning
Women’s/girls’ decision-making
Intervention Type: 
Scholarships
AEA RCT Registration Number: 
Partenaires:

Approximately 85 percent of primary school age children in western Kenya are enrolled in school, but only about one-third of students finish primary school. Dropout rates are typically higher for girls; in 2001 the 6th grade dropout rate was 10 percent for girls and 7 percent for boys among students in this study’s comparison schools at baseline. This project was introduced in part to assist families of high-achieving girls to cover the cost of school fees, supplies, and activities.

Question de politique 

Dans de nombreux systèmes d’enseignement, les élèves qui obtiennent de bons résultats aux examens de fin d'années, se voient offrir un accès gratuit – ou subventionné – au niveau supérieur. Ces bourses « au mérite » sont intéressantes dans la mesure où elles peuvent encourager les élèves à travailler plus, étant considéré que les élèves sont motivés par l'idée de pouvoir poursuivre leur scolarité. Pour autant, l’impact des mesures d’encouragement basées sur les résultats n’a été que peu étudié, tant au niveau économique qu’au niveau pédagogique. Les responsables politiques cherchent souvent à améliorer les conditions scolaires ou  à réduire l'absentéisme des enseignants, considérant que les élèves tirent profit  de ces avantages.

Si tel est le cas, les bourses « au mérite » pourraient présenter un intérêt particulier pour les femmes. On considère en effet, qu’en instruisant les femmes, on améliore leur indépendance financière et on augmente dans des proportions spectaculaires les chances que leurs enfants survivent, qu'ils soient mieux nourris et reçoivent une meilleure éducation.

Cadre de l'évaluation 

Dans l’ouest du Kenya, environ 80 % des enfants en âge d’aller à l’école primaire sont inscrits à l’école mais seul 1/3 d’entre eux vont jusqu’au bout du cursus primaire. Les taux d’abandon sont classiquement plus élevés chez les filles. En 2001, le taux d’abandon en classe de CM2 était de 10 % pour les filles et de 7 % pour les garçons. Les écoles primaires facturent des frais aux parents, afin de faire face à différentes charges comme par exemple l’achat de manuels pour les professeurs, l’achat de craies, les coûts d’entretien des salles de classe,  (environ 6,40 dollars par famille et par an). Les familles doivent enfin s’acquitter d’autres frais correspondant à l’achat de matériel scolaire, de manuels, d’uniformes, et doivent également payer l’inscription aux examens. Tous ces coûts sont dissuasifs et nombre de parents cessent d’envoyer leurs enfants à l’école, en particulier les filles. Ce projet a été introduit en partie pour aider les familles de jeunes filles ayant de bons résultats à l’école, à faire face à ces frais.

Girls who scored in the top 15 percent on tests received merit-based scholarships, Kenya.

Girls who scored in the top 15 percent on tests received merit-based scholarships, Kenya. Photo: Aude Guerrucci | J-PAL/IPA

Détails de l'intervention 

Le programme “Girls’ Scholarship Program » (GSP – programme de bourses d’étude attribuées aux jeunes filles) a été mis en place par l’ONG International Child Support (ICS) Africa, dans deux districts ruraux au Kenya, à savoir celui de Busia et celui de Teso. Sur un groupe de 127 écoles, 64 ont été sélectionnées de manière aléatoire et ont été  invitées à prendre part à un programme permettant d’attribuer des bourses “au mérite” aux jeunes filles de CM2 faisant partie des 15 % d’élèves ayant obtenu les meilleurs résultats aux examens organisés par le gouvernement kenyan. Pendant deux ans, les jeunes boursières recevaient : (1) une bourse de 6,40 dollars - versée à l’école - permettant de couvrir les frais de scolarité ; une bourse de 12,80 dollars – payée directement à sa famille - pour l’achat du matériel scolaire ; et (3) une reconnaissance publique à l’occasion de la cérémonie de remise des prix organisée à l’école et à laquelle participent les élèves, les parents, les enseignants et les représentants politiques locaux.

Le niveau de réussite scolaire a été évalué en fonction des résultats aux examens qui constituent selon toute vraisemblance une mesure objective, peu affectée par les phénomènes de tricherie. Au Kenya, les examens sont administrés par des surveillants externes et au niveau du district, les rapports de ces surveillants ne signalent pas de cas de tricherie.

Résultats et conclusions politiques 

Mise en œuvre : Dans le district de Teso, à cause d’attitudes négatives vis à vis des interventions de l’extérieur, et à cause du faible niveau d’instruction de la population, certaines écoles n’ont pas souhaité adhérer au programme lorsque celui-ci leur était proposé. Il convient de noter que dans cette région, des croyances locales fortes associées à une tradition de méfiance vis-à-vis des étrangers, ont entraîné des difficultés de mise en œuvre, ce qui peut avoir eu pour effet de réduire l’efficacité du programme.

Effets sur les résultats aux examens :
Le programme a résulté en une augmentation des résultats aux examens  de 0,19 écarts type pour les jeunes filles inscrites dans les écoles éligibles à la bourse. Ces effets étaient plus notables chez les enfants du district de Busia, où le programme s’est traduit par une augmentation des résultats de 0,27 écarts type. On ne constate pas d’effet dans le district de Teso. Pour ce qui est des résultats aux examens, on constate également des progressions importantes chez les jeunes filles du district de Busia qui n’ont que peu de chances de recevoir une bourse, ce qui suggère que le programme a, par répercussion, des effets positifs sur l’apprentissage. En moyenne, l’effet positif du programme pour les jeunes filles correspond à 0,2 niveaux supplémentaires d’enseignement primaire, et ces gains se sont répétés une année après le concours. On constate également que le programme a une influence positive sur la classe dans son ensemble : les résultats des garçons (qui n’étaient pas éligibles à la bourse) ont vu leurs résultats aux examens progresser de 0,08 écarts types en moyenne.

Assiduité des élèves :
Bien que l’impact du programme sur l’assiduité à l’école soit pratiquement nul pour les filles incluses dans l’échantillon de Busia et Teso, on constate néanmoins un impact de + 3,2 % si l’on ne considère que le district de Busia. Ce pourcentage correspond à une diminution d’environ un quart de l’absentéisme scolaire.

Assiduité des enseignants :
Le programme a eu un impact important sur le niveau global d’assiduité des enseignants. Pour l’échantillon Busia-Teso, on constate une augmentation de 4,8 %, et si l’on ne tient compte que des enseignants de CM2, le niveau d’assiduité progresse de 7,6 %. Les enseignants auraient pu « jouer » avec le système, en faisant porter leurs efforts sur les élèves éligibles au programme, mais dans la réalité, il n’y avait pas de différence de traitement en classe entre filles et garçons, ce qui indique que les enseignants dans les écoles du programme n’ont probablement pas reporté de manière substantielle leur attention sur les filles. Cet élément suggère que c’est la classe toute entière qui a bénéficié d’un effort supplémentaire de la part de l’enseignant. 

Bourses au mérite et inégalités :
Les jeunes filles qui remportaient les bourses avaient tendance à venir de familles relativement favorisées, ce qui ne va pas sans soulever des questions quant à la répartition des bénéfices de ce programme. Néanmoins, en termes de performances des élèves aux examens, les répercussions positives du programme ont eu un impact sur tous les élèves et ne se sont pas seulement concentrées sur les enfants les plus favorisés.

Effets sur l’implication des parents : Lorsqu’on reprend les entretiens avec les enseignants, on relève plusieurs anecdotes qui suggèrent que, dans le district de Busia, le programme a été l’occasion pour les parents de s’impliquer d’avantage. L’un des enseignants de Busia rapporte que les parents ont commencé à « demander aux enseignants de travailler dur pour que [leurs filles] puissent gagner plus de bourses ». Un autre enseignant de Busia déclare que les parents venaient plus souvent à l’école pour surveiller les enseignants et « encourager les élèves à faire plus d’efforts ». Les améliorations plus importantes obtenues à Busia, tant en termes d’assiduité qu’en termes de résultats aux examens, suggèrent que les bourses au mérite sont plus efficaces lorsque les parents sont responsabilisés localement, soit de manière formelle, soit de manière informelle.

Kremer, Michael, Edward Miguel, and Rebecca Thornton. 2009. "Incentives to Learn." The Review of Economics and Statistics 91(3): 537-56.

Friedman, Willa, Michael Kremer, Edward Miguel, and Rebecca Thornton. "Education as Liberation?" Working Paper, University of California, Berkeley, April 2011.