Manuels et résultats scolaires au Kenya

Researchers:
Sylvie Moulin
Fieldwork:
ICS Africa
Location:
Districts de Busia et Teso, Kenya occidental
Sample:
100 écoles primaires
Chronologie:
1995 - 2000

Partners:

Policy issue

L'enseignement dans les pays en développement est souvent entravé par des classes surchargées et un contenu de mauvaise qualité.  Ces dernières décennies, de nombreux pays en développement ont augmenté l’accès à l’école primaire, encouragés par des initiatives comme les Objectifs du Millénaire pour le Développement des Nations Unies, qui militent pour atteindre une éducation primaire universelle en 2015.  Cependant, augmenter la quantité n’a pas souvent rimé avec augmentation de la qualité, et seulement 60% des enfants qui en ont l'âge ont les compétences nécessaires pour suivre le cycle secondaire. En Afrique subsaharienne, ce chiffre tombe à un quart1. Un préjugé répandu voudrait que, dans ces pays, la fourniture de manuels scolaires augmente de façon significative les résultats scolaires, mais il n'existe aucune preuve empirique que le simple fait de donner des manuels scolaires puisse résoudre les effets des autres problèmes systémiques, comme le nombre important d’élèves par professeur ou l’absentéisme fréquent.

Context of the evaluation

Dans les districts de Busia et Teso au Kenya, plus de 50%2 des  familles vivent sous le seuil de pauvreté et les écoles subissent un fort taux d’absentéisme des professeurs. Cependant la grande majorité des enfants commence l’école primaire. Mais certaines écoles semblent faire passer en 4ème (grade 8) uniquement les élèves brillants pour maintenir une  moyenne élevée aux examens d’entrée dans le cycle secondaire, les autres abandonnant l'école. Beaucoup d’élèves décrochent déjà auparavant de l’école: 35% des élèves enquêtés en CE2 (grade 3) abandonnent dans les trois années suivantes.

L’école primaire est bon marché, seuls quelques frais restent à la charge des parents, comme les manuels scolaires. En raison du coût, les écoles de Busia et de Teso ont en général des manuels pour les professeurs, mais très peu pour les enfants. Le gouvernement et les ONG espèrent que la fourniture de manuels améliorera les résultats aux examens, encourageant les élèves à passer dans les classes supérieures et d’une manière générale à améliorer les résultats scolaires.

A teacher hands out textbooks to students in Kenya.
A teacher hands out textbooks to students in Kenya. Photo: Aude Guerrucci | J-PAL

Details of the intervention

In 1995, International Child Support (ICS) began a program to improve primary education in Kenya’s Busia and Teso districts by providing additional official government textbooks. J-PAL affiliates, in an effort to determine the impact which textbooks have on students, teachers, and overall learning, evaluated this program. ICS randomly divided 100 needy, low performing schools into four even groups. In each year, program schools were compared to those not yet receiving the program.

Group  Distribution of textbooks School year Schools
Group 1 English books provided to grades 3, 4, 5, 6 and 7
Math books provided to 3, 5 and 7
Science books provided to grade 8
1996 25
Group 2 Grant equal to US$2.65 per student, 43 percent of which was spent on textbooks 1997 25
Group 3 Similar grant in 1998 school year 1998 25
Group 4 Similar grant in 2000 school year 2000 25

Sharing textbooks is common in Kenya, and two or three students typically share a workspace. Hence, a 60 percent textbook per pupil ratio was provided in English and science, and a 50 percent ratio was provided in math, giving nearly all students shared access to a textbook. A pre-test in the form of a district exam was administered to all schools before the textbooks were distributed, and district exam scores were collected at the end of each of the subsequent program years for comparison data. Classroom activities, attendance and dropout rates were also monitored.

Results and policy lessons

A la fin de la première année, il n'a pu être démontré que la fourniture de manuels avait augmenté la moyenne des résultats aux examens ou diminué les taux de redoublements ou de décrochage. Les manuels ont augmenté l’accès au secondaire pour les 4èmes  (grade 8), mais n’ont pas réduit les redoublements, ni augmenté l’assiduité dans les classes inférieures. Ceci renforce l’hypothèse que le programme bénéficie surtout aux meilleurs élèves, puisque seuls ceux-ci atteignent la 4ème et peuvent espérer entrer en secondaire, alors que de nombreux élèves des classes inférieures sont en fait incapables de lire les manuels. Les élèves de 4ème, groupe avec un cursus excellent et sélectif, avaient plus de chance d'intégrer le cycle secondaire lors de la seconde année du programme (+5 points de pourcentage), en comparaison avec les élèves du groupe témoin.

Les élèves kenyans ont un contexte familial, une préparation à la scolarité, et des conditions financières très hétérogènes. Le cursus kenyan reste très orienté vers les élites avec une langue d’enseignement en anglais, qui est, pour la plupart des élèves, leur troisième langue. Les manuels sont construits en fonction de ce programme, qui convient sans doute aux meilleurs élèves mais non aux plus faibles. Les résultats de cette évaluation montrent qu’un matériel plus approprié pourrait engendrer une augmentation de la réussite pour une plus large part de la population. 

1 UNICEF, “Basic Education and Gender Equality,” http://www.unicef.org/girlseducation/index_bigpicture.html
2 As of 2000. CIA World Fact Book, “Kenya,” https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/ke.html

Glewwe, Paul, Michael Kremer, and Sylvie Moulin. 2009. "Many Children Left Behind? Textbooks and Test Scores in Kenya." American Economic Journal: Applied Economics 1(1): 112-35.

1.
 UNICEF, “Basic Education and Gender Equality,” http://www.unicef.org/girlseducation/index_bigpicture.html
2.
 As of 2000. CIA World Fact Book, “Kenya,” https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/ke.html