Les Balsakhi: soutien scolaire à Vadodara et Bombay, Inde

Location:
India
Sample:
122 écoles primaires à Vadodara, 77 écoles primaires à Bombay
Chronologie:
2001 - 2004
Outcome of interest:
Student learning Provider Performance
AEA RCT registration number:
AEARCTR-0001701

Partners:

Policy issue

Ces dix dernières années, un grand nombre de pays en développement ont élargi l’accès à l'école primaire sous l’impulsion d’initiatives telles que les Objectifs du Millénaire pour le Développement des Nations Unies qui visent à instaurer l’enseignement primaire universel d’ici 2015.  Mais si l’accès aux écoles et le nombre d’inscriptions ont connu des progrès indéniables, ceux-ci ne se sont pas nécessairement traduits par un accroissement du niveau de compétences et d’instruction des élèves, car l’enseignement n'est pas de grande qualité.
Si désormais on maîtrise mieux les moyens d’amener les enfants à l’école, il reste encore beaucoup à faire pour améliorer la qualité de l’enseignement et ce, à moindre coût.  De nombreuses écoles ont recours aux techniques de mémorisation et à l’apprentissage par cœur mais il est également indispensable de s’interroger sur la nécessité d’adapter les cours au niveau des enfants. Dans quelle mesure ne doit-on pas privilégier une démarche pédagogique qui s’adapte au niveau de l’enfant ?

Context of the evaluation

En 2005, une enquête a révélé que 44% des enfants indiens âgés de 7 à12 ans étaient incapables de lire un paragraphe d'un texte de niveau élémentaire et que 50% d’entre eux ne savaient pas effectuer une simple soustraction, même si pour la plupart ils allaient à l’école (Pratham, 2006). Même dans les régions urbanisées de l’Inde, les niveaux d’instruction restent très faibles. A Vadodara, une grande ville de l’Etat de Gujarat, seuls 19,5% des élèves inscrits en troisième année d’école primaire étaient capables de répondre correctement à des questions de calcul de première année. L’ironie du sort veut que l’amélioration de la fréquentation scolaire a eu pour corolaire une stagnation, voire une régression, du niveau de l’enseignement – ni la pédagogie, ni les programmes n’ont été adaptés pour mieux prendre en compte cet afflux de nouveaux élèves, plus nombreux et différents.

Indian boy on school room floor
Tutors supervise students in India. Photo: Arvind Eyunni | Pratham

Details of the intervention

En collaboration avec Pratham, une ONG indienne spécialisée dans les problématiques d’éducation, les chercheurs ont procédé à une évaluation des résultats du programme Balsakhi, une intervention axée sur le soutien scolaire et menée dans 122 écoles primaires publiques de Vadodara et dans 77 écoles de Bombay. Un tuteur ou "balsakhi", (généralement une jeune femme recrutée au sein de la communauté locale, percevant 10-15 $ par mois, soit beaucoup moins que les fonctionnaires de l’éducation nationale), accompagnait les enfants de deuxième, troisième et quatrième années accusant un retard important. Cette "balsakhi" prenait habituellement des groupes de 15 à 20 enfants dans une salle classe à part, pendant deux heures sur les quatre heures qu’ils passent à l’école chaque jour. L’enseignement dispensé se focalisait sur les compétences de base que ces élèves étaient censés avoir acquises en première et deuxième années, soit les notions élémentaires d’arithmétique et de lecture-écriture. Les "balsakhis" avaient bénéficié au préalable d’une formation et pouvaient s’appuyer sur un programme standard élaboré par l’ONG Pratham.

Pendant l’année scolaire 2001, environ la moitié des écoles se sont vues affecter une "balsakhi" pour les élèves de troisième année et l’autre moitié des écoles, une "balsakhi" pour ceux de quatrième année— l’affectation se faisant de manière aléatoire. En 2002, les écoles ont bénéficié d’une "balsakhi" pour l’année qui n’avait préalablement pas été prise en compte. Pour déterminer l’apport de ce programme, on a comparé les performances des élèves de troisième année qui avaient accueilli une "balsakhi" à celles des élèves de troisième année des écoles pour lesquelles les "balsakhis" étaient affectées en quatrième année.

Results and policy lessons

Effets sur l’enseignement : Le programme a enregistré des effets positifs substantiels en ce qui concerne la réussite scolaire des enfants. Les examens organisés à la suite du programme, ont mis en lumière un progrès général se traduisant par de meilleurs résultats aux examens dans les classes des deux années et dans les deux villes, l’arithmétique présentant l’amélioration la plus marquée. Le nombre d’élèves situés dans le tiers inférieur des classes participant au programme et ayant réussi aux examens de compétences de base était en hausse de près de 8%, tandis que les élèves du tiers supérieur ont été 4% de plus à réussir.

Ce programme étant initialement conçu pour aider les élèves les plus en difficulté, il est clairement apparu qu’ils ont été ceux en ayant le plus bénéficié. Par exemple, seuls 2-3% des enfants du tiers inférieur savaient traiter une longue division en début d’année alors qu’en fin d’année ils étaient 40% à pouvoir le faire dans les classes du programme contre 28% dans les classes témoins.

Démultiplication
: Il a été nécessaire de remplacer fréquemment les "balsakhis", en moyenne, celles-ci restant un an, souvent jusqu’à ce qu’elles se marient ou trouvent un autre emploi, preuve que la réussite du programme n'a pas été pas le fait d’une poignée d’individus convaincus et enthousiastes. Ce programme s’est révélé très peu onéreux, les charges se résumant essentiellement au salaire relativement modeste des "balsakhis". Et si l’on en juge par les résultats en hausse aux examens scolaires – objectif premier du programme Balsakhi- force est de constater que le retour sur investissement du programme est excellent (environ 0,67$ par écart type dans les résultats aux examens). Le programme a depuis été adapté, réévalué et redéployé à plus grande échelle dans le reste du pays.

Banerjee, Abhijit, Shawn Cole, Esther Duflo, and Leigh Lindon. 2007. "Remedying Education: Evidence From Randomized Experiments in India." The Quarterly Journal of Economics 122(3): 1235-1264.